Le titre « »Encore aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’il mesure l’ampleur de ce qu’il a infligé » : un septuagénaire condamné à cinq ans de prison, dont un sous bracelet électronique, pour tentative de viol sur son ex » correspond à un article qui vient d’être mis en ligne.
Un procès pour tentative de viol et effraction a mis en lumière la complexité du profil psychologique de l’accusé, un septuagénaire originaire de Pamiers (Ariège) qui a agressé son ex-compagne à Goudourville (Tarn-et-Garonne). Entre blessures narcissiques et espoir de rédemption, la justice tranche : cinq ans de prison, dont un sous bracelet électronique.
Quand il s’avance à la barre pour entamer sa plaidoirie, yeux dans les yeux avec la cour, Maître Dedieu est bien obligé de le reconnaître : « Trivialement, y’a pas débat. » Comme Maître Chatry-Lafforgue, pour la partie civile, et l’avocate générale Lisa Kratz avant lui, le pénaliste lâche que « les faits sont les faits, on sait ce qu’ils sont, ils sont admis. » Au cours des débats, son client a reconnu l’effraction, la tentative de viol et les attouchements commis sur son ex-compagne à son domicile de Goudourville (Tarn-et-Garonne) le 14 septembre 2023 ; des faits pour lesquels il comparaissait ces jeudi 21 et vendredi 22 mai devant la cour criminelle de l’Ariège.
Pour autant, face au portrait sombre et inquiétant dressé de Xavier par les parties de l’autre côté de la salle d’audience, l’avocat veut croire qu’un peu de lumière s’engouffre dans ces failles, qui ne sont que celles d’un « honnête homme ». « Ce n’est pas Thomas Pesquet, ou un pompier volontaire, il est capable de colère, d’être naïf », lance-t-il, tirant quelques sourires sur les visages dans la salle. Mais c’est aussi un travailleur, dont l’enfance n’a pas posé de difficulté, loyal, pas buveur, pas feignant, énumère l’avocat.
La veille, l’enquêtrice de personnalité avait dressé le portrait d’un père aimant, en dépit d’une difficulté à l’attachement qu’avaient notée ses filles. Les deux décrivent tout de même un papa « toujours prêt à les amener au ski ou aux champignons », dont elles admiraient les compétences manuelles, un homme qui lâche un sanglot devant la cour quand on le dépeint comme « le meilleur papi du monde » pour ses cinq petites-filles.
Capable de se remettre en question ?
« Un homme ordinaire », reprend Maître Dedieu, avec ces fameuses failles donc. Pour le docteur Gandolfi, la psychologue qui l’a expertisé, il y a « un tempérament anxieux qui s’est installé dès l’enfance ». À rebours de sa consœur psychiatre, la docteure Berniac, qui a expertisé Xavier avant elle et ne distinguait pas d’empathie chez lui, elle pense que le septuagénaire a gardé « une image nuancée, pas abîmée » de Sophie : « Il n’oublie ni la victime, ni de lui demander pardon », souligne-t-elle ainsi.
Toutes deux sont tout de même d’accord pour voir dans l’agression une « blessure narcissique » causée par la trahison de sa compagne et de son ami. Et la réponse est semblable quand il leur est demandé si Xavier peut se remettre en question et enfin reconnaître les dommages qu’il a causés à Sophie. « C’est un homme lucide, même avec ses défenses narcissiques, il a les capacités psychoaffectives pour », décèle la docteure Gandolfi. Quant à la docteure Berniac, elle veut y croire aussi, « à condition qu’il y ait un engagement dans le suivi thérapeutique » : « Je garde espoir sur le fait qu’il travaille, surtout sur la place de l’autre. La justice, ça peut être le départ forcé de la remise en question », sourit-elle.
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Maître Dedieu apporte de l’eau à leur moulin en citant le psychiatre Roland Coutanceau, décrivant un « immature dépendant », prisonnier des relations affectives dans lesquelles il s’enferme, incapable de se prendre en charge. « Loin de moi l’idée de faire de lui un parangon de vertu, assure l’avocat, mais ce n’est pas un mauvais mec. »
Un homme aujourd’hui abîmé
Ainsi, il réfute la description de « profil inquiétant » dressée par l’avocate générale. Ses anciennes compagnes ? Il a vécu vingt ans avec chacune d’elles sans problème. La rupture avec Sophie ? « Il est malheureux, il le surjoue. Il veut juste prolonger son bail alors que c’est fini, c’est fini », avance le pénaliste. Mais même quand c’est terminé, « on n’a pas le droit d’essayer, d’espérer ? » Ce qui explique cette « proximité inopportune » que Xavier, « le coucou gênant », veut créer à tout prix en s’imposant au domicile de Sophie, en dormant dans le même lit qu’elle. Et quand survient la blessure narcissique de la double trahison, « c’est un homme blessé, bêtement blessé, qui est incapable de le supporter ».
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Et que dire de l’après, des circonvolutions, des allers-retours, des détours, pour éviter de se mettre face à sa propre responsabilité ? Jamais à court de métaphores animalières, le pénaliste dépeint un « petit poisson qui se débat dans la nasse d’une vie qui a pris un tournant tragique, aux antipodes de sa vie, de son travail, de sa culture. » « Encore aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’il mesure l’ampleur de ce qu’il a infligé », veut-il croire. Décrivant la honte de son geste, la peur de la justice, l’avocat dessine le portrait d’un homme aujourd’hui abîmé, atteint d’un cancer, dont l’horizon se résume à cette maladie incurable et aux soins apportés à sa maman souffrante, nonagénaire, elle-même « au bout de sa vie ».
Les jambes de Xavier supportent en effet à peine son poids quand il s’approche d’un pas hésitant à la barre, après les 2 h 30 de délibération de la cour. Il est reconnu coupable de tous les faits qui lui étaient reprochés, mais les juges ne suivront pas entièrement les demandes de l’avocate générale : le septuagénaire est condamné à cinq ans de prison, dont un à effectuer à domicile avec un bracelet électronique et quatre assortis du sursis simple. Il devra en outre effectuer trois ans de suivi socio-judiciaire, avec obligation de soins, et sera inscrit au Fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijaisv). Tout contact avec Sophie lui est interdit, et il ne pourra plus paraître dans le Tarn-et-Garonne. Le parquet de Foix se réserve la possibilité de faire appel de cette décision dans le délai légal de dix jours.
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