Dans notre section Critique de livre de ce numéro, nous invitons les lecteurs à réfléchir sur les institutions, les concepts et les sujets du droit international depuis la fin de l’Empire des Habsbourg, en passant par la Société des Nations, jusqu’au Conseil de sécurité contemporain et au langage émergent de la résistance.
Nous ouvrons avec Ville KariDiscussion de Natasha Wheatley, La vie et la mort des États : l’Europe centrale et la transformation de la souveraineté moderne. L’analyse enthousiaste de Kari souligne l’importance de la reconstruction par Wheatley des expériences d’État et de constitutionnalisme en Europe centrale en tant que moment constitutif clé dans la formation d’idées et d’institutions juridiques internationales. La vie et la mort des États revient sur Georg Jellinek, Hans Kelsen et leur cercle d’intellectuels autrichiens, positionnés au cœur de la tourmente qui a d’abord fragmenté puis finalement détruit l’empire des Habsbourg. Wheatley est félicité pour avoir établi un lien puissant entre les luttes constitutionnelles internes et la refonte de l’ordre juridique international après 1919.
Félix Longl’examen de Une anomalie internationale. Adhésion coloniale à la Société des Nationsde Thomas Gidney, se concentre sur l’ère de la Ligue. Lange explore le récit de Gidney sur l’adhésion coloniale de l’Inde, de l’Irlande et de l’Égypte comme une « anomalie internationale ». Tout en contestant la catégorisation des trois comme « entités coloniales quasi souveraines », Lange salue la recherche archivistique méticuleuse du livre. Gidney explique comment les gouvernements impériaux, dans chacun de ces cas, ont utilisé l’adhésion à la Ligue comme plate-forme pour renforcer leur domination coloniale, ce qui peut aider à expliquer pourquoi les mouvements anti-impérialistes sont restés méfiants à l’égard de la Ligue comme arène fructueuse pour atteindre leurs objectifs. Néanmoins, malgré ces réticences, Gidney montre également comment l’adhésion pourrait en même temps garantir les revendications d’autodétermination et de résistance.
Michel ErpeldingLa critique de Paulo Borba Casella Droit international, histoire et culture est assez critique à l’égard du large éventail de « vignettes historiques » couvertes par le livre. Dans le même temps, Erpelding souligne la contribution importante du livre dans son exploration des origines espagnoles et luso-américaines de l’Amérique. uti possidetis (qui prédisait l’indépendance des États latino-américains dans les années 1820), la délimitation des frontières du Brésil et l’impérialisme britannique dans le Brésil de la fin du XIXe siècle.
Dans Le droit humain de résister en droit international et constitutionnelShannonbrooke Murphy propose une étude approfondie du droit de résister. Nathalie Jones fait l’éloge de l’analyse médico-légale et détaillée de l’auteur, tout en exprimant des réserves sur certaines des démarches interprétatives développées dans le livre. Elle regrette l’engagement limité avec des études de cas et des exemples historiques, mais considère finalement le travail comme une « innovation » et comme une contribution importante et particulièrement opportune aux débats sur la résistance et la légalité.
Ce problème comprend également Simon Chestermande Mona Ali Khalil et Floriane Lavaud, Donner du pouvoir au Conseil de sécurité de l’ONU : des réformes pour faire face aux menaces moderneset le trilogue Max Planck de Congyan Cai, Larissa Van den Herik et Tiyanjana Maluwa (édité par Anne Peters et Christian Marxsen), Le Conseil de sécurité de l’ONU et le maintien de la paix dans un monde en mutation. Chesterman s’appuie sur ces deux volumes pour se demander quelles réformes du Conseil de sécurité pourraient réellement faire une différence et quelles sont les perspectives de leur mise en œuvre. La revue offre un compte rendu sympathique mais finalement sobre du programme de réforme pragmatique avancé par Khalil et Lavaud, et du trilogue plus diagnostique et « multiperspectival » de Cai, Van den Herik et Maluwa, qui juxtapose l’optimisme institutionnaliste avec un scepticisme réaliste quant à la capacité du droit à contraindre le pouvoir. Chesterman laisse au lecteur le sentiment que le problème central réside peut-être moins dans la conception institutionnelle que dans la volonté décroissante des États de soutenir l’autorité du Conseil, ou dans les attentes inadéquates selon lesquelles le Conseil de sécurité pourrait un jour maintenir pleinement la paix et la sécurité internationales.
Prises ensemble, ces revues retracent un longue durée trajectoire depuis les crises conceptuelles et constitutionnelles du monde des Habsbourg, en passant par les « anomalies » coloniales de l’appartenance à la Ligue et les engagements historico-culturels plus larges avec le droit international, jusqu’aux débats contemporains sur le droit de résister et l’avenir du Conseil de sécurité. À travers des genres et des méthodes très différents, ils nous ramènent à des questions persistantes sur qui est représenté, comment les concepts juridiques voyagent entre les plans constitutionnel et international et quelles ressources le droit international offre – ou refuse – à ceux qui contestent l’ordre existant.
Enfin, conformément à notre tradition désormais bien établie du « sapin de Noël » – un petit rituel qu’EJIL entretient depuis 12 ans – nous clôturons la section avec les 10 bonnes lectures de 2025 de Joseph Weiler : un ensemble de recommandations proposées dans le même esprit dans lequel elles ont toujours été reçues, comme un geste saisonnier envers nos lecteurs et une invitation à poursuivre ces conversations pendant les vacances et au-delà.
